_Passer de soi à "nous". A un groupe plus ou moins soudé. Etre constamment entourée.
Puis après trois semaines, se retrouver de nouveau seule avec soi-même. Fini ce "nous" , le clap de fin a retenti depuis quelques jours déjà, au moment où l'on vidait les derniers seaux de sable, avant de les ranger. "Fin d'chantiiier". Ca veut tout dire. A partir de maintenant, on peut jouer vaguement aux touristes, bien que ça ne cadre pas du tout avec le but du 'voyage'. Les quelques jours qu'ils nous restent passent vite vite vite, entre l'excursion giraffes, les achats-souvenirs-cadeaux, les surprises du style glaces / piscine, les invitations chez Maiga, ...
Le temps passe vite, on n'a toujours pas de montre, mais on le ressent. Les journées sont rythmées, la fin se rapproche à grands pas, le départ aussi. Des tensions accumulées qui ne demandent qu'à sortir se font ressentir, jusqu'à l'aéroport, juste après les aurevoirs. Comme si vous ne pouviez pas attendre un tout petit peu, comme si là, ça n'était pas suffisamment difficile... Mais ça fait partie de l'aventure, du vécu.
Et puis de toute façon, après, tout ça, le moins bon, on l'oublie. Pour ne garder que le meilleur. On oublie les moments de maladie, les moments de crise, les repas un peu répétitifs, les moments parfois difficilement supportables où l'on était collés par les enfants du village, les conditions de vie, l'eau au goût immonde, la chaleur, les moustiques et l'anti-moustique qui va avec, le sable qui se faufile partout, les rampants, les scorpions qui s'invitent dans les 'douches', la perte de toutes les photos, les sauterelles grosses comme un orteil, les crises de palu d'Adam qui inquiètent énormément, ...
Et on garde des souvenirs magiques et inoubliables.
Comme cette soirée, tous allongés sous un ciel, étoilé comme c'est à peine imaginable, à se faire une soirée 'blagues pourries' en profitant de l'instant présent. Ou comme la rando à chameaux avec les touaregs, avec le pique-nique dans les dunes, les étoiles filantes, le retour sous la presque pleine lune et les étoiles. Et là, tu graves tout ça dans ta tête parce qu'une balade à chameau, sous les étoiles, un lendemain de pleine lune, avec ton ombre qui glisse sur le sable du début du Sahara, tu sais que tu ne le vivras qu'une fois dans ta vie... Et puis notre chanson, nos instants 'choristes' [ Tryo, Spirit, Retour à l'enfance... ], les Walt Disney, les petits délires, 'c'est BÔÔÔ', Pierrot, Macadam, Princesse Erika, Partenaire, Voisine, les Infatigables, la Matinale, les surnoms à la con, Secret Story, Kuskus, la Chose toute poilue, Taktaktakooos, Pélican, les Soeurs Castor, les trips Johnny Depp / Tim Burton de Camille et Erika [ elles sont pas toutes seules dans leur tête... ], le pincement de nez, le chatouillage d'oreille, le tout premier coucher de soleil dans les dunes, les derniers jours à manger 'comme des porcs' grâce aux 'sans protocole!' de Maiga, les découvertes, le drapeau, la vaisselle mémorable, le retour d'Adam, les bisous du soir, les échanges, le chantier, la participation de tous, les liens qui se créent ou se resserrent, la solidarité des locaux qui te foutent les larmes aux yeux, eux qui n'ont rien mais te donnent tout.
Et tout ça, ça te fait réfléchir...
Qu'est-ce qu'on vaut nous à côté d'eux?? Certes tout n'est pas formidable chez eux [ ce qui ne veut pas dire que chez nous, ça l'est ], mais au moins, eux, ils ne sont pas constamment en train de se plaindre de ce qu'ils ont ou pas.
"Il faut être forte, d'accord? Tu es forte, Mégane l'infatigable, tu es forte."
A vrai dire, non, pas tant que ça. C'est si dur, d'être forte...
Oh Salam... Si tu savais...
Vivre une expérience inoubliable. Réfléchir. Et garder tout ce que ça a pu nous apporter.
Le monde de demain, c'est nous qui le construisons. Alors c'est à nous de changer pour le rendre meilleur.
Demain, il sera trop tard.
Impossible de donner des nouvelles, de reprendre contact.
Pas envie d'en donner, de répondre aux multiples questions, préférer rester cloîtrer, seule avec les souvenirs encore quelques temps, histoire de revenir complètement, de se laisser le temps d'atterrir. De comprendre ce qui a été vécu, d'en revenir. D'y réfléchir. Vouloir rester encore un peu seule, penser aux douze autres, les chercher près de soi en se réveillant le matin, en avançant dans la journée. Attendre les huit bisous du soir. Ne pas les recevoir. Retrouver ses marques. Revoir l'eau couler du robinet sans modération. Ne pas vouloir y croire. Et être à deux doigts de souhaiter faire demi-tour.
Et cependant être partagée. Vouloir leur dire à tous, 'ne vous inquiétez pas, tout va bien, je suis de nouveau là, je ne vous oublie pas.' Et pourtant, ne pas pouvoir, ne pas vouloir.
Ne pas pouvoir et ne pas vouloir partager.
Cette expérience, elle se vit. Elle ne se raconte pas.
Et n'oubliez pas, l'ouverture d'esprit, ça se travaille.
[ Et puis, "Ce qui est au Niger reste au Niger." ]
Touareg & dro' .
20 juillet 2008.
Près de Méhanna, Niger,
au début [ ou à la fin ] du Sahara.
♥
Hakuna Matata quoi.